La FAO appelle à maintenir ouverts les échanges pour tous les intrants agricoles et à promouvoir l’utilisation efficace des engrais face aux risques pesant sur la production alimentaire mondiale

Le Directeur général, M. Qu Dongyu, s’est exprimé lors de la 181e session du Conseil de la FAO, soulignant que la fermeture du détroit d’Ormuz ne constitue pas seulement un enjeu régional, mais également un risque pour la sécurité alimentaire mondiale

Le directeur général de la FAO, QU Dongyu, lors de la 181e session du Conseil de la FAO

©FAO/Giuseppe Carotenuto

08/06/2026

Rome – Le Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. Qu Dongyu, a ouvert la 181e Session du Conseil de la FAO (8-12 Juin) aujourd’hui, en prenant note des recommandations adressées aux pays pour faire face aux répercussions de la crise du détroit d’Ormuz, notamment la nécessité urgente d’une utilisation efficace des engrais alors que les systèmes agroalimentaires mondiaux sont confrontés à des défis sans précédent. 

«La fermeture du détroit d’Ormuz ne constitue pas seulement un enjeu régional: il s’agit d’un risque pour la sécurité alimentaire mondiale», a souligné M. Qu, précisant qu’environ 35 pour cent des exportations mondiales de pétrole brut, 20 pour cent des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL), 20 à 30 pour cent des exportations mondiales d’engrais, et environ 50 pour cent des exportations mondiales de soufre transitent par ce point de passage névralgique. Ces flux essentiels sont indispensables à la production alimentaire, car ils ont une forte incidence sur l’approvisionnement en énergie et en intrants agricoles. 

«Le plus grand risque n’était pas une pénurie alimentaire immédiate, mais plutôt un choc touchant les engrais et la production», a déclaré M. Qu. Alors que la crise atteint le cap des 100 jours, ses effets se font de plus en plus visibles. Les agriculteurs d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine sont confrontés à une hausse des coûts de production et doivent prendre des décisions difficiles quant à l’utilisation des engrais et aux cultures à privilégier. 

En réponse, la FAO a lancé un ensemble complet de recommandations préconisant des actions à court, moyen et long termes. «Dans l’immédiat, nous avons appelé à maintenir ouverts les échanges commerciaux, à éviter les restrictions à l’exportation sur tous les intrants agricoles, à protéger les couloirs humanitaires alimentaires et à garantir des voies logistiques alternatives», a précisé M. Qu. 

Par ailleurs, la FAO s’efforce d’améliorer l’efficacité de l’utilisation des engrais grâce à des initiatives telles que la cartographie des sols et l’agriculture de précision. «Nous promouvons les systèmes de cultures intercalaires afin de réduire la dépendance vis-à-vis des engrais azotés», a-t-il ajouté. La FAO s’emploie également activement à mettre en place des fonds d’innovation pour des engrais alternatifs, tels que l’ammoniac vert et les engrais biologiques. 

Le Directeur général a souligné que les risques météorologiques liés au phénomène El Niño, attendus plus tard dans l’année, pourraient menacer davantage la production alimentaire et la sécurité alimentaire dans les pays qui font d’ores et déjà face à de graves crises alimentaires.  

Fonds et Appel mondial pour les urgences 

En décembre 2025, la FAO a lancé un Appel mondial pour les urgences et la résilience, visant à aider 100 millions de personnes d’ici 2026. À la fin du mois de mai, l’Appel avait recueilli 206 millions d’USD sur les 2,5 milliards requis, soit environ 8 pour cent des fonds nécessaires. «Les ressources reçues font certes la différence, mais elles nous rappellent également l’ampleur des défis à relever», a fait observer M. Qu. 

Au Soudan, la FAO et ses partenaires ont vacciné plus de 6,2 millions de têtes de bétail dans 17 États, contribuant ainsi à protéger les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire d’environ 1,9 million de personnes. «À Gaza, l’aide d’urgence fournie à plus de 2 200 éleveurs sous forme d’aliments pour le bétail a permis aux familles de conserver leurs troupeaux et de continuer à produire de la nourriture», a-t-il ajouté, soulignant que ces efforts avaient conduit à une augmentation de 30 pour cent des populations ovines et caprines, malgré des conditions difficiles. 

Ces résultats confirment une fois de plus que le soutien apporté aux agriculteurs, aux éleveurs et aux pêcheurs dans leurs activités de production alimentaire constitue l’un des moyens les plus efficaces de sauver des vies, de préserver les moyens de subsistance, et de réduire les besoins humanitaires futurs. 

Malgré le déficit de ressources lié à l’Appel mondial pour les urgences et la résilience, le Directeur général a noté qu’à la fin du mois de mai 2026, la FAO avait mobilisé 564 millions d’USD de contributions volontaires, soit environ 4 pour cent de plus qu’à la même période l’année dernière.  

La FAO continue de bénéficier d’un soutien important de la part des institutions financières internationales (IFI) et des fonds verticaux, tels que le Fonds vert pour le climat (FVC) et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM). En décembre 2025, le partenariat FAO-FEM a franchi le cap des 2 milliards d’USD de financement, faisant de la FAO le deuxième plus important partenaire du FEM. 

M. Qu a également exprimé sa gratitude pour le solide soutien régional apporté aux travaux de la FAO sur les maladies animales transfrontières et les organismes nuisibles aux végétaux. «Plus de 77 pays ont confirmé leur participation au Programme de partenariat mondial sur les maladies animales transfrontières (GPP-TAD), témoignant d’un véritable professionnalisme et d’un engagement en faveur du multilatéralisme», a-t-il déclaré. «Ensemble, nous avons fait de la FAO un centre d’excellence en matière de connaissances et de services, fondé sur des données solides et une approche scientifique.» 

Priorités régionales et initiatives de la FAO  

La 181e session du Conseil de la FAO évaluera les résultats des conférences ministérielles régionales de la FAO de 2026, au cours desquelles les États membres ont défini des priorités spécifiques.  

En Afrique, le discours évolue, passant des défis à relever aux possibilités offertes, le continent détenant 60 pour cent des terres arables non cultivées de la planète, ainsi que la population la plus jeune au monde. M. Qu a souligné le potentiel de l’Afrique à devenir le grenier du monde, appelant à appuyer la Stratégie de Kampala de l’Union Africaine, qui vise à mobiliser 100 milliards d’USD, à augmenter la production agroalimentaire de 45 pour cent, et à tripler le commerce agricole au sein du continent africain. Cependant, l’abrupte réalité persiste: un Africain sur cinq souffre encore de malnutrition. 

Dans la région Asie-Pacifique, où réside plus de la moitié de la population mondiale, la FAO continue de renforcer les capacités agricoles tout en veillant à ce que les petits exploitants bénéficient des progrès technologiques et des échanges commerciaux. En Amérique latine et dans les Caraïbes, la priorité consiste à consolider les avancées récentes dans la réduction de la faim, tout en s’attaquant au coût élevé d’une alimentation saine et à la pauvreté rurale persistante. La Conférence régionale pour le Proche-Orient a identifié des priorités urgentes, notamment la transformation rurale, la sécurité alimentaire, l’action climatique, et la gestion de la pénurie d’eau. 

Le Directeur général a par ailleurs évoqué l’état d’avancement de diverses initiatives lancées au cours des sept dernières années. À la fin du mois de mai, 84 pays membres participaient à l’initiative Main dans la main. L’initiative «Un pays, un produit prioritaire» de la FAO s’est étendue à 95 pays et met en avant 56 produits agricoles spéciaux. 

L’initiative de la FAO sur les villages numériques a permis de transformer 1000 communautés rurales dans le monde en pôles numériques, afin de réduire la fracture numérique dont pâtit le monde rural.  

Le programme des Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM) a officiellement désigné 104 systèmes dans 29 pays, ce qui témoigne de l’engagement constant de la FAO en faveur de la préservation des systèmes du patrimoine vivant qui allient biodiversité, diversité alimentaire, savoirs traditionnels et pratiques agricoles résilientes. 

Dans toutes les régions, M. Qu a souligné la nécessité de faire preuve de résilience et d’adopter une vision stratégique afin d’anticiper les chocs, en particulier au regard des répercussions continues du conflit au Moyen-Orient.  

«Nous continuons à faire de notre mieux pour saisir les occasions qui se présentent au cœur de cette multiplicité de crises complexes et enchevêtrées qui nous frappent à l’échelle mondiale, afin de consolider l’avantage comparatif de la FAO, et de nous convertir en un meilleur prestataire de services pour nos membres, nos partenaires et ceux qui ont le plus besoin de nous: les populations les plus vulnérables dans le monde, ainsi que les agriculteurs et les consommateurs au service desquels nous œuvrons.» 

Il est possible de suivre la 181e session du Conseil de la FAO sur le web.  

Contacts

FAO Newsroom (+39) 06 570 53625 [email protected]