L’AIEA et la FAO lancent un projet pour lutter contre la résurgence de la lucilie bouchère en Amérique centrale, aux États-Unis d’Amérique et au Mexique

La recherche coordonnée et l’accent mis sur la technique de l’insecte stérile peuvent contribuer à la lutte contre cet organisme nuisible pour les animaux d’élevage

Pupes irradiées de la lucilie bouchère du Nouveau Monde provenant d'une installation de la COPEG au Panama.

©FAO/Vanessa Olarte

19/06/2026

Rome – L’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) intensifient leurs efforts pour contenir et annihiler la résurgence de la lucilie bouchère en Amérique centrale, aux États-Unis d’Amérique et au Mexique grâce à l’application d’une technique nucléaire. 
 
La lucilie bouchère est une mouche parasite dont la larve infeste les animaux à sang chaud. Les femelles pondent des œufs dans les plaies ouvertes ou les membranes muqueuses. Une fois ceux-ci éclos, les larves s’incrustent dans le tissu vivant, élargissant les blessures et causant des infections qui peuvent être fatales si elles ne sont pas traitées. Après avoir été éradiqué avec succès pendant des décennies, ce ravageur est réapparu en Amérique centrale et au Mexique, et sa présence a été confirmée aux États-Unis d’Amérique au début de juin 2026 – première occurrence dans ce pays depuis plus de 40 ans. 
 
Le projet de recherche coordonnée lancé jeudi aidera les pays à recourir à la technique de l’insecte stérile (TIS) pour stopper la nouvelle invasion de la lucilie bouchère. La TIS fait appel aux rayonnements pour stériliser des insectes, lesquels font ensuite l’objet d’un lâcher afin qu’ils s’accouplent avec les populations sauvages sans engendrer de descendance, ce qui aide à réduire les populations de ravageurs au fil du temps. La TIS a joué un rôle essentiel dans l’éradication de la lucilie bouchère aux États-Unis d’Amérique, au Mexique et en Amérique centrale. Une campagne menée sur une période de 45 ans avait alors permis d’éradiquer ce ravageur des États-Unis d’Amérique en 1982, puis d’étendre l’éradication jusqu’au Panama en 2006, des mouches stériles ayant servi à maintenir une barrière dans la région du Darién, dans le sud de ce pays. La barrière a été efficace jusqu’en 2022, puis la mouche a commencé à se propager vers le nord du Panama. 
 
La récente résurgence de ce parasite fait peser une menace sérieuse sur l’élevage, le bien-être des animaux, les espèces sauvages et la santé publique, avec des conséquences socioéconomiques potentiellement graves. Le 3 juin, les États-Unis d’Amérique ont confirmé le premier cas de lucilie bouchère chez des animaux depuis plus de 40 ans, après que ce ravageur est progressivement réapparu en Amérique centrale et au Mexique. La modification des régimes climatiques, la mondialisation et les déplacements transfrontaliers illicites d’animaux ont contribué à la propagation de cet organisme nuisible, créant de nouveaux défis pour les pays qui s’efforcent de le contenir. 
 
Une menace importante pour l’élevage et les économies 

Les infestations peuvent tuer des animaux, endommager les peaux et réduire la production de viande et de lait. On estime que l’éradication précédente avait généré des bénéfices annuels de 1,3 milliard d’USD pour les éleveurs des États-Unis d’Amérique, du Mexique et d’Amérique centrale. 
 
«Le retour de la lucilie bouchère cause déjà de graves dommages dans la région, menaçant les animaux, les moyens de subsistance et les économies», a déclaré M. Rafael Mariano Grossi, Directeur général de l’AIEA. «Grâce à la science et la technologie nucléaires, et en coordination avec une nouvelle génération de chercheurs, l’AIEA aide les pays à renforcer les outils nécessaires pour détecter, réduire et finalement maîtriser cet organisme nuisible dévastateur.» 
 
Le nouveau projet de recherche coordonnée rassemblera des experts de premier plan de plus de 20 pays touchés – dont des pays d’Amérique du Sud où la lucilie bouchère est endémique –, le but étant de renforcer les méthodes de surveillance et de lutte, d’améliorer l’élevage de masse et la stérilisation, d’étudier la compatibilité d’accouplement et la compétitivité en la matière, et de soutenir les lâchers de mouches stériles.  
 
«La résurgence de la lucilie bouchère en Amérique centrale, aux États-Unis d’Amérique et au Mexique rappelle de manière opportune que les organismes nuisibles et les maladies ne respectent jamais les frontières, et la lutte contre cette menace qui a ressurgi au-delà des frontières requiert une vigilance, une collaboration internationale et une gestion cohérente constante en matière de surveillance, de science et d’innovation. Grâce au Centre mixte FAO/AIEA et dans le cadre du nouveau projet de recherche coordonnée, nous consolidons des outils éprouvés, comme la TIS, qui a permis d’éradiquer ce ravageur avec succès par le passé, notamment en Libye, afin d’aider les pays à protéger des moyens de subsistance et à mettre en place des systèmes agroalimentaires plus résilients», a indiqué M. Qu Dongyu, Directeur général de la FAO. 
 
Jusqu’à 600 millions de mouches stériles par semaine pourraient être nécessaires pour lutter contre la résurgence actuelle, or les efforts d’intervention d’urgence se heurtent au manque de mouches stériles. Dans les installations de la Commission Panama-États-Unis d’Amérique pour l’éradication et la prévention de la lucilie bouchère (COPEG), au Panama – seules installations opérationnelles d’élevage de masse et de stérilisation de la lucilie bouchère –, on en produit quelque 100 millions par semaine, et le développement des capacités à Metapa de Dominguez (Mexique) et à Mission, au Texas, pourrait permettre d’en produire 400 millions supplémentaires par semaine au cours de prochaines années.  
 
Le projet, qui durera cinq ans et devrait être doté d’un budget d’un million d’USD, portera notamment sur l’amélioration des outils et des méthodes d’élevage de masse, de stérilisation et de lâcher de mouches.  
 
«Afin de répondre au besoin accru de mouches stériles, le projet fera fond sur les connaissances spécialisées pour améliorer le rapport coût-efficacité de l’élevage de masse, mettre au point et gérer des souches de lucilie bouchère, renforcer les méthodes de manipulation et de lâcher et étudier les comportements d’accouplement et la compétitivité en la matière», a déclaré M. Rui Cardoso Pereira, chef de la Section de la lutte contre les ravageurshttps://www.iaea.org/about/insect-pest-control-section au Centre mixte FAO/AIEA. 
 
Si la production actuelle de mouches stériles est insuffisante pour enrayer la propagation, les résultats du projet aideront les États membres à optimiser l’utilisation des mouches stériles pour lutter contre la lucilie bouchère. La menace que posent la lucilie bouchère et les maladies transfrontières requiert une approche collaborative intégrant des systèmes de surveillance pour une détection précoce, des laboratoires et des diagnostics renforcés, ainsi que des vétérinaires et autres professionnels de santé animale formés. L’ensemble des efforts déployés en ce sens aide les pays à partager l’information rapidement lorsque des menaces de maladies émergent, et contribue à la planification efficace de l’intervention d’urgence. Depuis plus de 60 ans, la TIS est l’un des thèmes principaux abordés par le Centre mixte FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l’alimentation et l’agriculture. Ainsi, ce dernier mène des activités de recherche appliquée visant à améliorer la technique et à la mettre au point pour de nouveaux insectes ravageurs, et assure également le transfert de la TIS aux États membres. 

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