En visite au Soudan, M. Rein Paulsen, Directeur du Bureau des urgences et de la résilience de la FAO, appelle à la hausse des investissements dans l’agriculture d’urgence
M. Rein Paulsen, Directeur du Bureau des urgences et de la résilience de la FAO, observe un troupeau de bovins, sur le complexe laitier de Kuku (Soudan), à l’occasion du lancement de la campagne de vaccination du bétail de 2026.
©FAO/Shuaib Shamrouk
Khartoum/Rome– Dans un contexte de conflit persistant, de déplacements de population et d’aggravation de la crise alimentaire au Soudan, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a lancé une campagne nationale de vaccination du bétail qui vise à protéger 9,8 millions d’animaux et préserver les moyens d’existence de 1,2 million de familles d’éleveurs.
La campagne 2026-2027, dans le sillage du succès de celle de 2025, ciblera 1,2 million de familles d’éleveurs et 9,8 millions d’animaux sur le territoire national. L’initiative s’inscrit dans le cadre de l’intervention d’urgence plus globale que mène la FAO pour protéger la production agricole, renforcer la sécurité alimentaire et soutenir le relèvement des communautés rurales au Soudan.
Le lancement de la campagne a eu lieu dans le district de Sharg An Neel (Nil oriental) à l’occasion d’une visite au Soudan de M. Rein Paulsen, Directeur du Bureau des urgences et de la résilience de la FAO, qui s’est rendu cette semaine dans les États de Khartoum, du Nil Blanc et de Sinnar. Pendant sa mission, M. Paulsen a rencontré des représentants des pouvoirs publics, des agriculteurs, des éleveurs, des pêcheurs, des experts techniques, des femmes et des jeunes afin de recueillir directement leurs témoignages sur les difficultés rencontrées par les communautés et sur la nécessité de protéger leurs moyens d’existence.
«Une chose est sûre: les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs du Soudan sont résilients. J’ai rencontré des personnes déterminées à reconstruire leur vie malgré les difficultés auxquelles elles continuent de faire face. Pour beaucoup, le bétail est le bien le plus précieux. Dans les familles qui ont besoin d’une assistance humanitaire, le bétail est aussi une source essentielle de lait nutritif», a déclaré M. Paulsen.
Protéger le bétail et préserver les moyens d’existence
Le secteur de l’élevage au Soudan, dont le cheptel était estimé à 115,4 millions de têtes en 2025, est une source capitale de nourriture et de revenus pour des millions de familles agropastorales. Les populations déplacées à l’intérieur de leur pays, en particulier, ont absolument besoin du lait produit par le bétail pour prévenir la malnutrition et faciliter le rétablissement chez les enfants. Le conflit qui a éclaté en avril 2023 a gravement perturbé les services de santé animale, endommagé les infrastructures vétérinaires et affaibli les systèmes d’épidémiosurveillance et de vaccination; dans ce contexte, une campagne de vaccination qui couvre les 18 États du pays n’a rien d’anecdotique.
La FAO estime que les pertes liées à l’élevage se montent à près de 3 milliards de dollars.
La destruction du Laboratoire central de recherche vétérinaire de Soba, qui était le laboratoire vétérinaire national de référence au Soudan et le seul producteur de vaccins vétérinaires du pays depuis plus de 50 ans, a encore affaibli les capacités nationales de diagnostic et de lutte contre les maladies animales. Avant le conflit, le laboratoire produisait jusqu’à 35 millions de doses de vaccin par an.
Pour contribuer à combler cette perte, la FAO a apporté son soutien à l’importation d’environ 23 millions de doses de vaccins en 2025, mais aussi à la gestion de la chaîne du froid, au transport et à la distribution vers les zones d’élevage, et ce jusque dans les régions difficiles d’accès du Darfour et du Kordofan. Pour la première fois, la FAO a acheminé des vaccins via un couloir d’approvisionnement transfrontière reliant le Tchad au Darfour. Entre octobre 2025 et juillet 2026, la FAO a vacciné 8,4 millions d’animaux, ce qui a profité à quelque 537 000 foyers, soit 2,7 millions de personnes.
La nouvelle campagne visera les maladies courantes du bétail et s’accompagnera de la distribution aux éleveurs éligibles de bons pour des aliments concentrés et des briques de sel gemme. Ces mesures visent à améliorer la nutrition animale, maintenir la productivité et aider les ménages touchés par le conflit à protéger leurs moyens de production.
«La prévention de l’apparition et de la propagation des maladies animales est l’un des investissements les plus rentables que nous puissions réaliser. Protéger un animal aujourd’hui coûte bien moins cher que d’en remplacer un demain», a déclaré M. Paulsen. «Dans le cadre de l’intervention humanitaire, les animaux en bonne santé apportent de quoi manger, produisent du lait pour les enfants et constituent une source de revenus vitale pour les ménages vulnérables.»
L’agriculture est au cœur de l’intervention humanitaire au Soudan
La protection du bétail est une priorité majeure, mais l’intervention multiforme qui est menée par la FAO au Soudan s’étend également aux cultures et à la pêche, et tient donc compte de la diversité des besoins et des débouchés dans le pays.
Le conflit, les déplacements de population, la perturbation des marchés et la hausse des coûts de production et de transport continuent de mettre à mal la sécurité alimentaire des ménages. Ces trois dernières années, la production nationale de céréales est demeurée inférieure de 22 à 25 pour cent à la moyenne.
Les risques liés au climat pourraient aggraver encore ces difficultés. Les prévisions font état d’un déficit pluviométrique de 30 à 40 pour cent associé à ce qui est annoncé comme le phénomène El Niño le plus important jamais enregistré. L’accès à des semences tolérantes à la sécheresse et d’autres intrants agricoles pourrait s’avérer essentiel pour aider les agriculteurs à maintenir leur niveau de production et éviter une nouvelle détérioration de la sécurité alimentaire.
La FAO a soutenu les ménages agricoles vulnérables en leur distribuant des semences et en leur apportant d’autres formes d’assistance agricole. Pendant la saison 2024-2025, l’Organisation est venue en aide à plus de 832 000 foyers répartis dans 15 États et leur a fourni plus de 8 000 tonnes de semences, ce qui a permis d’atteindre un volume de production céréalière de 6,6 millions de tonnes.
Il convient de souligner que les besoins demeurent plus importants que ce que les ressources disponibles peuvent satisfaire. Le budget que la FAO consacre actuellement aux interventions d’urgence et au renforcement de la résilience au Soudan se monte à 44,1 millions de dollars, sur un appel de fonds de 193 millions de dollars lancé dans le cadre de son Plan d’urgence et de résilience pour 2026-2028. Seuls 11 pour cent des besoins agricoles d’urgence prévus dans le cadre du Plan de réponse aux besoins humanitaires du Soudan pour 2026 ont été financés.
La FAO appelle à la hausse du financement de l’agriculture d’urgence afin d’aider les agriculteurs et les éleveurs à protéger leurs cultures et leur bétail, maintenir le niveau de leur production alimentaire et renforcer leur résilience face aux conflits et aux chocs liés au climat. La fourniture d’une assistance essentielle, notamment sous la forme de services vétérinaires, d’aliments pour animaux et de semences, d’espèces et de bons, d’une remise en état des systèmes d’irrigation et d’une action anticipatoire menée en prévision d’éventuels chocs climatiques, ne se fera pas sans aide.