Le Chili compte désormais trois systèmes SIPAM, ce qui porte à 11 le nombre de sites portant cette désignation en Amérique latine, qui se répartissent dans cinq pays
Lamas, terres humides de la région de Pica.
©FAO
Rome – Deux systèmes agricoles traditionnels, fondés sur le savoir ancestral et les pratiques des peuples autochtones vivant dans les hauts plateaux andins du nord et les chaînes de montagnes du sud du Chili, ont été désignés Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM) par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Ces systèmes vivants, que l’on retrouve dans des paysages andins de haute altitude forgés par des conditions climatiques extrêmes, ainsi que dans les vallées arborées et les montagnes du territoire pehuenche, ont évolué au fil des siècles. Dans ces environnements divers, des pratiques telles que l’entretien d’un jardin potager, l’élevage de camélidés et la transhumance saisonnière continuent de nourrir la population, de préserver l’identité culturelle et de faire vivre la communauté.
«La désignation de ces nouveaux sites nous rappelle que le patrimoine agricole n’est pas un héritage du passé mais un fondement vivant sur lequel s’appuyer pour bâtir l’avenir», a déclaré M. Kaveh Zahedi, Directeur du Bureau du changement climatique, de la biodiversité et de l’environnement de la FAO. «Ces systèmes montrent comment la production alimentaire, la conservation de la biodiversité et l’identité culturelle se renforcent mutuellement, et offrent des solutions concrètes permettant de rendre les systèmes agroalimentaires plus résilients face au changement climatique et plus durables pour les générations à venir.»
Avec ces nouveaux sites, le Chili compte désormais trois systèmes SIPAM, ce qui porte le total à 11 systèmes pour la région de l’Amérique latine, répartis dans cinq pays. Au niveau mondial, 104 systèmes sont maintenant reconnus pour leur contribution exceptionnelle au patrimoine agricole, à la diversité biologique et alimentaire, à la résilience face au changement climatique, aux moyens de subsistance et à la culture.
La reconnaissance de ces systèmes est également l’aboutissement des efforts de longue date que mène le Chili pour promouvoir et renforcer son patrimoine agricole. Ces efforts sont soutenus par une initiative financée par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et mise en œuvre conjointement par la FAO et le Ministère de l’agriculture du Chili.
Dans les régions d’Antofagasta, d’Arica y Parinacota et de Tarapaca, les peuples autochtones aymara, quechua et likan-antay maintiennent un système qui combine l’élevage de camélidés – principalement de lamas et d’alpagas – et la culture de variétés andines telles que le quinoa, le maïs et la pomme de terre. Situé entre 3 000 et 4 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce système est adapté à des conditions climatiques extrêmes, telles que les variations de température, l’aridité et des ressources en eau limitées.
Le pâturage rotatif et la transhumance saisonnière contribuent à préserver les zones de pâturage situées en haute altitude, tandis que la culture en terrasses et les systèmes de micro-irrigation permettent de pratiquer l’agriculture dans des environnements secs et escarpés. La gouvernance collective de l’eau, fondée sur des normes coutumières, garantit une utilisation équitable et durable des ressources en eau.
Dans ce système, les femmes jouent un rôle central dans la conservation des semences, la transformation des aliments et la transmission du savoir intergénérationnel, ce qui contribue à renforcer la continuité culturelle et à améliorer la nutrition. Ce système, qui permet de préserver la diversité génétique aux fins de l’alimentation et de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et de la résilience face au changement climatique, est étroitement lié à des pratiques culturelles respectueuses du territoire et des êtres qui y vivent.
Dans les Andes du sud, les peuples autochtones mapuche-pehuenche entretiennent un système diversifié associant potagers, cueillette en forêt et déplacement saisonnier du bétail entre les hauts plateaux et les zones de pâturage de basse altitude. Ce système entretient un lien profond avec l’araucaria du Chili, dont les graines comestibles (pignons) jouent un rôle central dans la nutrition, l’identité sociale et la vie cérémoniale.
Principalement entretenus par les femmes, les potagers abritent des centaines d’espèces cultivées et médicinales et favorisent la sécurité alimentaire, la santé et la conservation de la biodiversité agricole. L’élevage transhumant permet de soutenir la productivité des écosystèmes de haute montagne, tandis que la cueillette en forêt renforce les liens culturels et les connaissances écologiques.
Ce système est fondé sur les principes de la réciprocité, du travail collectif et du respect pour toutes les formes de vie (Itrofil Mogen en langue mapuche), qui se manifestent dans les cérémonies, les réseaux d’échange et la gouvernance territoriale. Les paysages dans lesquels on retrouve ce système sont notamment les forêts naturelles, les zones humides et les terres volcaniques, et se trouvent parfois à l’intersection de territoires nationaux protégés et de sites reconnus par l’UNESCO.
Un patrimoine vivant tourné vers l’avenir
Les Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM) sont un programme phare de la FAO qui vise à recenser, à protéger et à soutenir des systèmes agricoles caractérisés par une riche biodiversité, des pratiques alimentaires résilientes et de profondes racines culturelles. En mobilisant les gouvernements, les acteurs locaux et les peuples autochtones, le programme contribue à promouvoir la conservation dynamique, l’objectif étant de faire en sorte que ces systèmes vivants du patrimoine agricole continuent d’évoluer et de favoriser le développement rural, la résilience face au changement climatique et le bien-être des générations actuelles et futures.
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