Au Rwanda comme au Kenya, la production de café à petite échelle repose largement sur les coopératives, qui permettent aux caféiculteurs d’accéder aux financements et aux marchés, de bénéficier de meilleures installations de transformation et de peser sur les décisions qui concernent leur activité. ©FAO/Jean Baptiste Nkurunziza
Dans la région de Huye, dans le sud du Rwanda, les cerises de café ont pris leur belle couleur rouge: elles sont mûres. Formés à reconnaître le moment propice, les producteurs les cueillent à point. Leurs gestes sont méthodiques: ils quittent l’ombre d’un caféier, passent sous un soleil de plomb avant de s’arrêter à l’arbre suivant. Seuls le chant des oiseaux et le petit bruit des cerises mûres dans les seaux en plastique viennent rompre le silence.
Les cerises sélectionnées sont rapidement acheminées vers des postes de travail aménagés dans de vastes espaces dégagés, au creux des collines ondoyantes de la région. De part et d’autre de longues tables, des femmes et des hommes s’appliquent, en silence, à ne sélectionner que les cerises de meilleure qualité.
Les fruits sélectionnés sont ensuite envoyés à la station de lavage. Contrairement à la récolte et au tri, qui se déroulent dans le calme, la station de lavage, plus proche des installations de transformation, est le théâtre d’une agitation et d’un bruit incessants.
Aphrodis Twagirayezu, agronome et responsable de la station de lavage de café de Kyarumba, décrit cette étape: «Une fois que les équipes ont soigneusement trié les cerises et écarté celles qui sont trop mûres, nous versons les fruits dans un bassin d’eau pour retirer ceux qui flottent.»
Aphrodis précise que ce test permet de repérer les cerises qui sont abîmées, pas assez mûres ou desséchées. «Tout dépend de la densité. Les cerises de bonne qualité, plus denses, coulent dans l’eau, tandis que celles de moindre qualité remontent à la surface. Nous retirons ces dernières avant de poursuivre la transformation.»
Cette étape à la station de lavage est essentielle pour ne retenir que les meilleures cerises, destinées aux cafés de spécialité. Les fruits sélectionnés passent ensuite par les autres étapes de transformation: dépulpage, fermentation, lavage et séchage.
La multiplication des stations de lavage du café, assortie de formations pour les agriculteurs et les personnes chargées du tri et du lavage, a joué un rôle décisif dans l’évolution de la production rwandaise vers des cafés de spécialité, qui se vendent à un meilleur prix sur des marchés de niche à l’étranger.
La FAO collabore avec le Rwanda et le Kenya pour améliorer la production de café et accroître les revenus des petits exploitants. À gauche/en haut: ©FAO/Jean Baptiste Nkurunziza À droite/en bas: ©FAO/Nick Oloo
Au Kenya, autre pays réputé pour son café, une coopérative du comté de Baringo a pris un nouveau départ. Confrontée à une faible production et à une chute rapide du nombre de ses adhérents, elle a renouvelé sa direction et engagé une série de réformes pour améliorer la gouvernance et la gestion de son activité.
Le Kenya, qui produit beaucoup plus de café que le Rwanda, est tout aussi réputé pour la qualité de ses grains d’arabica. La caféiculture s’étend dans une grande partie du territoire: pratiquée dans 33 des 47 comtés, elle constitue une source importante d’emplois et de moyens de subsistance pour des millions de Kényans des zones rurales.
Comme au Rwanda, la production de café à petite échelle repose largement sur les coopératives, qui permettent aux caféiculteurs d’accéder aux financements et aux marchés, de bénéficier de meilleures installations de transformation et de peser sur les décisions qui concernent leur activité.
Les deux pays collaborent avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour faire de la production de café une priorité et l’améliorer sans relâche, ce afin d’accroître ainsi les revenus de leurs nombreux petits producteurs.
Le Rwanda a ainsi fait du café sa priorité nationale au titre de l’initiative Main dans la main de la FAO, afin de poursuivre le développement des filières du café et d’y investir davantage. Grâce à cette priorité définie dans le cadre du programme de la FAO, le pays entend tirer parti des partenariats public-privé et des modèles économiques innovants pour mobiliser les jeunes et intégrer des solutions agrotechnologiques dans la production de café.
Au Kenya, les coopératives du comté de Baringo ont noué un partenariat avec le Mécanisme forêts et paysans de la FAO. Ce Mécanisme a soutenu les réformes de la coopérative par une subvention de 30 000 USD, accordée au titre de son programme de petites subventions. En moins de trois ans, le changement est saisissant. Le nombre d’adhérents est passé de 756 à près de 1 200 producteurs, tandis que la proportion de femmes et de jeunes a bondi d’environ 10 pour cent à 40 pour cent.
«Nos membres participent à toutes les activités, à commencer par la planification», souligne Jackson Lenge, président de la Tenges Farmers’ Cooperative Society Ltd, dans le comté de Baringo. «Nous avons organisé une formation sur l’analyse et le développement de la filière du café. Nous y avons abordé la mise en place des plantations, de la préparation du terrain jusqu’à l’entretien – gestion des cultures, application d’engrais, taille et autres aspects de la gestion.»
L’Afrique assure 17 pour cent de la production mondiale de café et 12 pour cent des exportations mondiales. Cette culture soutient l’emploi et fait vivre les producteurs des zones rurales au Rwanda, au Kenya et dans d’autres pays du monde. ©FAO/Jean Baptiste Nkurunziza
Si son importance varie d’un pays à l’autre, le café tient une place centrale dans l’emploi rural, les moyens de subsistance et l’économie nationale du Kenya, du Rwanda et de plusieurs autres pays africains. Le continent africain assure 17 pour cent de la production mondiale de café et 12 pour cent des exportations mondiales. Ces exportations génèrent aussi des recettes en devises et permettent de tisser d’importantes relations commerciales avec des marchés du monde entier.
Pour cette première édition de la Journée internationale du café, nous mettons à l’honneur une culture qui soutient l’emploi et fait vivre les populations rurales, et saluons les caféiculteurs du Rwanda, du Kenya et d’ailleurs, qui ne cessent d’innover et d’améliorer leur production pour offrir aux consommateurs du monde entier un produit d’exportation de qualité supérieure.
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