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Épargne, crédit et résilience: il faut tout un village


En Côte d’Ivoire, grâce à la formation et aux associations villageoises d’épargne et de crédit, des femmes peuvent continuer à cultiver de manière durable, malgré la crise climatique.

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Le projet SAGA 2 de la FAO, mis en œuvre grâce au soutien technique et financier du Gouvernement du Québec, a permis de dispenser une formation technique sur l’agriculture durable et d’aider des communautés à créer des associations villageoises d’épargne et de crédit pour y investir elles-mêmes. ©FAO/Candida Villa-Lobos

14/09/2026

Les parents de Victorine Akoua avaient l’habitude de lire le ciel: ils observaient les nuages, suivaient le rythme des saisons et savaient quand il fallait semer. Elle cultive la même terre qu’eux autrefois, mais elle affirme que les cycles avec lesquels elle a grandi ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Les saisons ont changé. Les pluies ont changé. L’agriculture a changé.

Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est le coût des emprunts qui permettent de remédier à ces problèmes. À Aniassué, dans l’est de la Côte d’Ivoire, un prêt classique pouvait faire doubler le montant de la somme à rembourser.

«Quand vous empruntiez 10 francs, il fallait en rembourser 20», se souvient Victorine.

En Côte d’Ivoire, les agricultrices sont souvent confrontées au double problème des phénomènes climatiques extrêmes et du crédit. Elles ont peu accès à des prêts abordables et, même lorsqu’elles parviennent à en obtenir un, les phénomènes météorologiques extrêmes et l’évolution des régimes pluviométriques peuvent mettre en péril un investissement, voire une récolte entière.

La solution apportée aux multiples difficultés associées au changement climatique, à la sécurité alimentaire et à la vulnérabilité économique a consisté à recourir à leurs propres réseaux et ressources sous la forme d’associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC).

Le projet «Sécurité alimentaire et agriculture: une adaptation accélérée» (SAGA 2) de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), mis en œuvre avec le soutien technique et financier du Gouvernement du Québec, promeut des pratiques respectueuses de la biodiversité qui intègrent des connaissances traditionnelles et met en avant le rôle vital des femmes et des jeunes des régions rurales dans la lutte contre le changement climatique et l’adaptation à ses effets.

Dans l’Indénié-Djuablin, une région de Côte d’Ivoire, la FAO s’est associée à Carrefour International et à Génération femme du troisième millénaire pour renforcer les AVEC existantes, afin que celles-ci puissent jouer un rôle plus important dans le financement de solutions d’adaptation aux effets du changement climatique dirigées par des femmes.

Les membres du groupe d’épargne villageoise mettent ensemble de l’argent de côté et peuvent emprunter à un fonds commun aux conditions convenues par le groupe.

«Si nous nous prêtons de l’argent entre nous et que les intérêts nous reviennent, c’est une bonne chose», affirme Victorine.

Aujourd’hui, elle est secrétaire d’une AVEC et présidente d’une fédération qui rassemble plusieurs groupes d’Aniassué et des villages environnants. Victorine a elle-même utilisé le système: elle a emprunté 100 000 francs CFA pour cultiver du gombo, des tomates et des poivrons sans intrants chimiques, une étape importante de la transformation de sa ferme, qui deviendra plus durable et plus résiliente.

La demande locale de produits cultivés de manière durable lui a permis de vendre ses légumes à des prix plus élevés que les légumes cultivés de manière conventionnelle. Après avoir remboursé le prêt, Victorine a gagné le double du montant qu’elle avait emprunté, tout en conservant une partie de la récolte pour sa famille.

Le projet a également permis aux femmes de diversifier leurs revenus et d’investir dans des activités collectives telles que l’élevage de volailles. © FAO/Candida Villa-Lobos

L’accès aux financements n’est qu’une partie de l’équation. Les femmes ont également besoin de connaissances et de solutions concrètes pour continuer à produire, compte tenu de l’évolution des conditions climatiques. Elles doivent notamment diversifier leur production, ce qui peut contribuer à réduire leur dépendance à l’égard d’une seule culture ou d’une seule source de revenus lorsque les conditions climatiques deviennent difficiles.

Le financement et la formation à l’agriculture durable rendus possibles grâce au projet ont également permis aux femmes d’investir collectivement dans d’autres types d’activités telles que le maraîchage et l’élevage de volailles. 
Sonia France Boa et d’autres femmes de l’AVEC d’Aniassué ont eu recours à un emprunt pour créer un champ partagé. Lorsqu’elles vendent leurs produits, une partie des revenus couvre les coûts liés à l’exploitation, tandis qu’une autre partie est épargnée et permet de financer les activités futures du groupe.

Pour Sonia, le groupe revêt également une autre signification. En travaillant avec les autres, elle n’est pas seule à faire face aux difficultés de l’agriculture. 

«Lorsque nous vendons nos produits, nous répartissons les bénéfices en trois parts: une part sert à couvrir les dépenses liées à l’exploitation, une part est versée dans le fonds de l’AVEC et une part revient au groupe», explique-t-elle. 
«L’AVEC nous a beaucoup aidées parce que les taux d’intérêt ne sont pas élevés. Le groupe fixe ses propres taux», ajoute Sonia.

Le soutien dont ont bénéficié Sonia et les femmes avec qui elle travaille a également été de nature pratique. Elles ont appris à produire du compost et des traitements à base de plantes pour leurs cultures. Sonia se souvient avec fierté des résultats qu’elle a constatés sur ses tomates après avoir mis en place ces pratiques durables. 

En ce qui concerne Victorine, la formation à l’agriculture résiliente a changé sa façon de travailler.

«Avant la formation, je pratiquais l’agriculture sans connaître de techniques permettant d’économiser de l’eau. Grâce au paillage et au compost, mes légumes poussent mieux. J’en vends davantage au marché et nous en mangeons aussi à la maison», explique-t-elle. «Mes produits ont un goût différent aussi, ils sont très bons.»

Lorsque les membres des AVEC vendent leurs produits, une partie des revenus couvre les coûts liés à l’exploitation, tandis qu’une autre partie est épargnée et permet de financer les activités futures du groupe. © FAO/Candida Villa-Lobos

Les effets conjugués du financement et de la formation se manifestent aussi au sein même du foyer de Victorine. Lorsqu’elle apporte des légumes produits de manière durable à la maison, sa famille n’a pas besoin d’en acheter au marché. L’argent économisé peut être consacré à d’autres dépenses liées à la scolarité, à la santé et au foyer. «Nous voulons être autonomes, nous les femmes», affirme-t-elle.

D’autres ménages en bénéficient aussi. Ce que les femmes produisent permet de nourrir leurs familles et de subvenir aux besoins de la communauté dans son ensemble.

«Nous produisons pour nourrir nos familles, nos sœurs, nos enfants», explique Sonia.

Ce qui au départ ne représente que de l’épargne placée dans un fonds commun devient un investissement dans la communauté et un moyen de renforcer les capacités des femmes à accroître leur résilience et à s’adapter elles-mêmes à la crise climatique.

Le présent article fait partie d’une série célébrant les agricultrices du monde entier. Des productrices, pêcheuses et éleveuses pastorales aux commerçantes, agronomes ou encore entrepreneuses rurales, toutes sont à l’honneur. L’Année internationale des agricultrices (2026) vise à reconnaître leurs contributions essentielles à la sécurité alimentaire, à la prospérité économique et à l’amélioration de la nutrition et des moyens de subsistance, malgré la lourde charge de travail, les conditions de travail précaires et l’accès inégal aux ressources dont elles pâtissent. Elle promeut une action collective et des investissements ayant pour but l’autonomisation des femmes dans toute leur diversité et la mise en place de systèmes agroalimentaires plus justes, plus inclusifs et plus durables pour tous.